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Fed : une nouvelle phase d'attentisme semble se dessiner
information fournie par Carmignac 27/01/2026 à 16:00

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Par Kevin Thozet, membre du comité d'investissement chez Carmignac


La Réserve fédérale (Fed) tiendra mercredi sa première réunion de l'année 2026 qui devrait, selon le consensus, se solder par un maintien des taux à 3,75%. À bien des égards, ce scénario renvoie à la séquence de 2024, au cours de laquelle la Fed avait réduit ses taux à trois reprises avant de marquer une pause durable. Après 75 points de base de baisse depuis septembre 2025, une nouvelle phase d'attentisme semble désormais se dessiner.

Pourquoi la Fed choisit-elle de marquer une pause aujourd'hui ?

Quatre arguments principaux permettent d'éclairer cette décision.

Tout d'abord, l'économie américaine fait preuve d'une résilience notable, tandis que les inquiétudes concernant un ralentissement marqué du cycle s'atténuent progressivement. Le fléchissement observé récemment au premier semestre apparaît de plus en plus comme un simple passage à vide en grande partie lié à des incertitudes politiques élevées. Or, certaines de ces incertitudes commencent désormais à se dissiper, notamment sur le front des relations commerciales sino-américaines.

Au cours des prochains trimestres, nous anticipons une réaccélération de l'économie américaine. Celle-ci devrait être soutenue par la poursuite du cycle d'investissement lié à l'intelligence artificielle, ainsi que par un soutien budgétaire significatif, notamment via les crédits d'impôts qui se matérialiseront pleinement au printemps. À cela s'ajoute les probables nouvelles largesses budgétaires, Donald Trump visant à soutenir le pouvoir d'achat des ménages en amont des élections de mi-mandat. Par ailleurs, un nombre croissant d'indicateurs suggère une amélioration progressive de la conjoncture américaine : le marché du travail montre des signes de stabilisation, les annonces de licenciements se raréfient, la confiance des ménages s'améliore comme en témoigne l'indice de l'Université du Michigan, tandis que la consommation reste dynamique. Des signaux encourageants émergent également du côté de l'immobilier et du secteur manufacturier.

Le marché de l'emploi, qui se dégradait lentement en direction d'un taux de chômage de 4,5%, pourrait en réalité être en train de se stabiliser. La lecture d'un large éventail d'indicateurs - issus aussi bien des enquêtes publiques que des enquêtes privées telles que les composantes emploi des enquêtes ISM, les intentions d'embauche des petites et moyennes entreprises mesurées par la NFIB, ou encore les données de l'ADP et les offres d'emploi publiées sur le site Indeed - pointe vers un nouveau resserrement du marché du travail, dans un contexte où l'inflation salariale demeure proche de 4%.

Après avoir baissé ses taux de 75 points de base au cours des quatre derniers mois, la politique monétaire se rapproche progressivement du taux neutre, estimé autour de 3%. Cette convergence vers la neutralité explique en partie pourquoi la banque centrale peut désormais se permettre de temporiser avant d'envisager de nouvelles baisses de taux. Cette approche graduelle est d'autant plus justifiée par le paradoxe d'une économie américaine à deux vitesses. Dans un tel environnement, le taux qui n'est ni accommodant ni restrictif - lorsque l'inflation est à la cible et l'économie au plein emploi, deux conditions qui restent largement théoriques – n'est pas uniforme. Il diffère sensiblement entre les ménages les plus aisés et les plus âgés (jambe ascendante de l'économie en K) pour lesquels un taux de politique monétaire de 3,75% est accommodant, et les ménages les plus modestes (la jambe descendante de l'économie en K), pour lesquels même un taux Fed Fund de 3% sera toujours perçu et vécu comme un frein.

Enfin, le durcissement de la posture de l'administration Trump, combiné à des attaques frontales à l'endroit de certains membres de la Fed - à l'image de l'assignation à comparaitre de Jerome Powell ou de la tentative (probablement vouée à l'échec) de limoger Lisa Cook – ont entrainé une véritable escalade des tensions entre le pouvoir exécutif et l'autorité monétaire.

Dans un tel climat, chaque décision de la Fed est susceptible d'être interprétée à travers un prisme politique : un maintien des taux relancerait les pressions de la Maison-Blanche, tandis qu'une nouvelle baisse raviverait les craintes d'une atteinte à l'indépendance de la banque centrale. Dans les deux cas, cette politisation accrue de la décision de politique monétaire contribue à exercer une pression haussière sur les taux d'intérêt à long terme.

Dans ce contexte, nous maintenons une vue négative sur les taux souverains américains et restons positionnés en faveur d'une pentification de la courbe des taux.

Si un statu quo de la Fed est largement attendu lors de la réunion de mercredi, les marchés continuent néanmoins de parier sur une reprise du cycle de baisse des taux par la suite. Ils attribuent ainsi une probabilité d'environ 20% à une nouvelle baisse de taux avant la fin du mandat de Jerome Powell à la tête de la Fed (son maintien en tant que membre du Conseil des gouverneurs restant incertain) et intègrent deux baisses de taux d'ici la fin de l'année. À nos yeux, ce scénario apparaît excessif et ne serait justifié qu'en cas de détérioration significative du marché de l'emploi.

Les taux longs américains restent vulnérables, à la fois en raison de la priorité accordée par la Fed au soutien du marché du travail, alors même que l'inflation évolue au-dessus de la cible depuis près de cinq ans et d'un environnement marqué par un regain de croissance et des pressions inflationnistes persistantes. Cette vulnérabilité est d'autant plus marquée que, contrairement aux autres grandes économies, les taux longs américains ont reculé l'an dernier, nombreux investisseurs redoutant le risque de récession. Une dynamique qui pourrait désormais se retourner à mesure que l'économie américaine réaccélère.

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